Idéal éthique des Rose-Croix (LA SAGESSE)

Ce mois-ci, nous vous proposons de lire un extrait du livre Idéal éthique des Rose-Croix, publié par la Diffusion Rosicrucienne. Il a été écrit par Serge Toussaint, Grand Maître de l’A.M.O.R.C.

Si la sagesse est la dernière des douze vertus traitées dans le livre, c’est parce qu’elle les contient toutes. Pour être plus précis, elle en est la synthèse. Dans l’absolu, cela signifie qu’être sage, c’est être patient, confiant, tempéré, tolérant, détaché, altruiste, intègre, humble, courageux, non violent et bienveillant, ce qui nécessite une grande maîtrise de soi et un degré certain de perfection. C’est pourquoi, très rares sont les personnes qui peuvent être qualifiées de « sages ».

Indépendamment des vertus dont elle est la synthèse, nul ne peut nier que la sagesse est indissociable de la connaissance. C’est précisément pour cette raison qu’un ignorant ne peut être sage. Cela dit, encore faut-il s’entendre sur ce que l’on appelle « connaissance ». D’un point de vue rosicrucien, il ne s’agit pas du savoir intellectuel que certaines personnes se targuent de posséder et dont elles font étalage, le plus souvent sous l’impulsion de leur ego. En fait, un tel savoir est nécessairement relatif, arbitraire et limité, tant est vaste ce qu’il est possible d’apprendre sur le plan purement culturel.

Qu’est-ce donc que la connaissance, au sens mystique de ce terme ? Conformément aux explications précédentes, elle est du domaine de l’âme. En fait, elle correspond à la compréhension des lois divines, c’est-à-dire des lois naturelles, universelles et spirituelles, telle qu’elles se manifestent en l’homme et autour de lui. Elle intègre également ce que l’on appelle couramment « l’expérience de la vie » c’est-à-dire l’aptitude à comprendre les aléas de l’existence et à s’adapter aux circonstances. Par extension, elle implique de connaître la nature humaine et de se connaître soi-même, car la manière dont nous jugeons les autres traduit le plus souvent le regard que nous avons ou n’avons pas sur nous-mêmes. Quoi qu’il en soit, la véritable connaissance ne s’acquiert pas dans les livres, aussi culturels soient-ils, mais dans les leçons que nous enseigne la vie quotidienne.

Etre sage, au sens le plus noble, c’est donc penser, parler et agir en conformité avec ce que l’on sait, et savoir que ce que l’on connaît est conforme à la Sagesse Divine. En un mot, c’est exprimer dans notre comportement la perfection de notre Moi divin, et ce, dans tous les aspects de l’existence. Cela implique naturellement un très haut niveau d’évolution.

Puisque la sagesse est l’aptitude à penser, à parler et à agir conformément à la Sagesse Divine, elle implique la maîtrise de la pensée, de la parole et de l’action. Etre sage en action, c’est appliquer quotidiennement l’adage : « Bien faire et laisser dire ». Autrement dit, c’est faire le bien sans se préoccuper du jugement d’autrui, tant « la critique est facile et l’art difficile ». Mais c’est également ne pas faire pour les autres ce qu’ils ont intérêt à faire eux-mêmes, ceci afin de les responsabiliser et de les inciter à s’assumer par eux-mêmes. En ce sens, l’ ‘’assistanat’’, dans quelque domaine que ce soit, est une entraide illusoire à plus ou moins long terme, car il place ceux qui en bénéficient en état de dépendance et contribue à annihiler leur propre esprit d’initiative et d’entreprise. A ce sujet, on peut rappeler les paroles de Pythagore : « Ce n’est pas aider autrui que de faire les choses à sa place, à moins qu’il en soit vraiment incapable et que ce soit bien de le faire pour lui »

Qu’en est-il de la sagesse en parole ? Pour répondre à cette question, il suffit peut-être de citer cette maxime très connue : « Si ce que tu veux dire n’est pas plus beau que le silence, alors abstiens-toi de parler ». Dans l’absolu, la parole ne devrait servir qu’à exprimer des pensées constructives, à transmettre des messages utiles et à communiquer en toute tolérance. Tel est précisément l’usage qu’en fait un sage.

Pour des raisons évidentes, on ne peut être sage en action et en parole si on ne l’est pas en pensée, car ce que l’on fait et dit est généralement le reflet conscient ou inconscient de ce que l’on pense. D’une manière générale, nous pouvons considérer que penser sagement, c’est faire en sorte que Dieu pense à travers nous, tout en étant conscient qu’Il le fait. En un mot, c’est être le miroir mental de la Pensée Divine, telle que l’homme peut la réfléchir, au sens le plus mystique de ce terme.

Il est intéressant de noter que la sagesse est opposée à la folie dans la Kabbale. Or, être fou, c’est manquer de conscience, au sens d’être inconscient de ses paroles et de ses actes, le plus souvent en raison de déficiences mentales. Mais c’est également agir sciemment à l’encontre d’autrui. Dans le cas extrême, c’est même utiliser son intelligence à des fins négatives, voire destructrices, d’où l’adage bien connu : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Pour s’en convaincre, il suffit de penser à certaines applications de la science, notamment dans le domaine militaire. .

Sans doute avez-vous remarqué que tout individu, quelles que soient ses croyances et ses convictions, éprouve une certaine admiration à l’égard des personnes que l’on dit sages et qui le sont vraiment. Pourquoi ? Tous simplement parce que chacun de nous aspire plus ou moins consciemment à le devenir. Or, cette aspiration prouve en elle-même que l’homme, bien qu’imparfait, ressent au plus profond de lui le désir de se parfaire. Autrement dit, elle témoigne du fait que nous possédons une âme qui nous incite à devenir meilleurs en pensée, en parole et en action. S’il en est ainsi, c’est parce que nous sommes d’origine divine et évoluons de vie en vie vers la perfection de notre propre nature. En ce sens, nous sommes tous destinés à incarner sur Terre la Sagesse de Dieu, considéré par les Rosicruciens comme Intelligence Universelle qui est à l’origine de l’univers, de la nature et de l’homme lui-même. Et cette Sagesse Divine, c’est au plus profond de nous-mêmes qu’il faut nous évertuer à la rechercher.

« L’Âme universelle imprègne toute la Création, de sorte qu’elle pénètre tout ce qui existe sur notre planète. Ainsi, toutes les créatures qui vivent sur la Terre sont imprégnées d’une essence divine et évoluent spirituellement selon des lois qui leur sont propres.»

L’ontologie des Rose-Croix